Lorinda Boverod, Corps, Encre et Âme

Femme engagée, artiste multifonctions et créatrice de talent, Lorinda fascine par sa simplicité et sa clairvoyance. Elle perce, tatoue, dessine, chante, crée à la folie. Elle semble n’avoir en elle que ce feu qui l’anime et qui la pousse à se renouveler constamment. La Passoire, son salon, reflète à la fois son grand professionnalisme et ce grain de folie qui la caractérisent.

Pour nous, elle  se confie sur ses passions et, nous en sommes certains, « Miss Passoire » comme nous l’avons appelée lors de notre premier contact saura vous toucher comme nous l’avons été.

SHOUT OUTS : Quand t’est venue ta passion du dessin ? A quel moment es-tu passée du papier à la peau ?

Lorinda : Mes deux grands-mères peignaient et dessinaient, ma mère également. Je pense que c’est venu de là, très petite j’ai commencé à dessiner j’étudiais l’anatomie des chevaux et dessinait des chevaux par centaines (oui j’adorais l’équitation, haha.). Lorsque j’avais 7/8 ans, j’étais sur un forum où on devait effectuer des créations graphiques sur ces mêmes dessins (peindre digitalement) et j’ai commencé à utiliser Adobe Photoshop.

Ensuite j’ai eu ma période Japon, avec les mangas. Puis j’ai voulu être designer automobile, donc, je dessinais beaucoup de voitures. (j’adorais les voitures, merci papa ! ) et de fil en aiguille je me suis finalement tournée vers la musique. J’ai arrêté de dessiner pendant longtemps en arrivant en Guyane.

Ce n’est qu’en grandissant que le piercing et le tatouage sont devenus de réelles passions. J’ai eu mon premier tatouage avec mes parents et depuis cela ne m’est jamais sorti de l’esprit. J’ai donc arrêté mes études de musicologie et j’ai effectué une formation à distance de dessinatrice illustratrice et graphiste. Avec le soutien incommensurable de mes parents, j’ai présenté mon book de dessins à un tatoueur qui a adoré et m’a proposé de me prendre en tant que stagiaire. Malheureusement cette expérience n’a duré que quelques mois; j’ai cependant eu la chance d’avoir l’expérience de la gestion d’un salon de tatouage et de piercing ainsi que les bases du tatouage, expérience qui me sert encore énormément aujourd’hui pour ma propre entreprise.

Je serais toujours reconnaissante envers celui qui a cru en moi.

Le passage du papier à la peau s’est fait avec le temps et surtout de l’entrainement, au fur et à mesure, en me tatouant moi-même, sur des proches, des amis. Il n’y a qu’une fois que j’étais assez sûre de moi que j’ai décidé de me lancer en « solo » quasiment deux ans après, avec là encore une fois le soutiens et l’appui de mes proches, mon conjoint et ma belle-sœur qui est tatoueuse aussi et m’a poussée, conseillée, aidée et permit de gagner confiance en moi pour enfin me lancer et ajouter le tatouage à mon activité de perçage.

SHOUT OUTS : Quel est ton processus créatif, où sont tes inspirations ? Parle-nous de tout ce qui te fait vibrer !

Lorinda: Etant musicienne, mon processus créatif est très proche de la musique. Je ne travaille pas sans musique, et j’apprécie que mes clients me fassent part d’un morceau qui « représente » leur tatouage. Si non j’attribue un groupe ou un album à un client en fonction du feeling émanant de notre rencontre. Lorsque je dessine leur tatouage, je l’écoute en boucle… Ça me permet d’être au plus proche de l’état d’esprit de mon client et donc de l’ambiance du tatouage qu’il souhaite. Puisque la musique est émotion, c’est plus facile pour moi de transmettre sur le papier en faisant ainsi. Ce qui me plaît le plus, c’est lorsque quelqu’un vient me voir en me disant qu’il adore mon style et qu’il me laisse carte blanche sur la création, avec deux trois lignes conductrice. Je m’éclate et je peux d’avantage m’exprimer.

SHOUT OUTS: Comment trouves-tu que ta profession est perçue en Guyane ?

Lorinda: A la fois bien, et mal. Je dirais qu’il y a les gens informés et habitués, puis ceux qui font cela par effet de mode mais n’iront quand même pas voir n’importe quel tatoueur, et enfin ceux qui font cela sans en avoir les moyens et sans avoir conscience des risques et iront au moins cher. Chacun ira voir un tatoueur et aura une expérience plus ou moins bonne. Mais une chose est certaine, tant qu’il y aura des tatoueurs et des perceurs qui oseront exercer sur des mineurs sans se poser de questions et sans objection de conscience, il est clair qu’il y aura toujours une ombre sur notre profession. A mes yeux la profession sera très bien vue de tous uniquement quand la population sera informée des tenants et aboutissants d’un tatouage ou d’un piercing: des risques, de ce qu’ils doivent réclamer au professionnel en termes de qualité de matériel et d’hygiène, de suivi, de transparence quant à l’origine du matériel, et évidemment de la réglementation, des lois qui entourent notre métier et protègent à la fois clients et professionnels. Il n’y a que comme cela que ceux qui font de l’ombre à notre magnifique métier en profitant du manque d’information des gens ne seront plus crédibles…surtout quand on connaît les risques sanitaires !

A ce sujet, j’ai pas mal de projets, notamment la création d’une association à but non lucratif pour lutter et militer contre ces abus, alors, il n’est pas impossible que l’avenir soit un tout petit peu plus radieux en Guyane. En tout cas je l’espère !

SHOUT OUTS : Que recommandes-tu à un jeune qui souhaite devenir tatoueur ?

Lorinda : Avant toute chose, il faut savoir dessiner. Je pense qu’un tatoueur incapable de dessiner c’est presque un comble non ? Et surtout avoir le mérite de créer. Mes créations sont uniques, et je n’ai pas beaucoup de mérite car énormément de tatoueurs font ainsi. Evidemment lorsqu’on demande un tribal, difficile de faire dans l’original; mais si on a le mérite d’avoir son univers et de créer, on s’assure au moins de ne pas faire des doublons de ses propres dessins. Il faut se mettre à la place du client, on a un joli tatouage et 6 mois après on croise quelqu’un avec le même ? Il n’y a rien de pire !

Enfin, s’affirmer, ne pas se laisser « bouffer » par les personnes mal intentionnées qui promettent beaucoup de choses pour profiter d’autrui. Toujours être droit dans ses basques. Ne pas se lancer dans ce métier par intérêt financier, mais par passion. Dire non quand on nous demande de faire quelque chose qui va à l’encontre de nos valeurs. Et s’informer, innover, « bouffer » jour et nuit du tatouage et du dessin, rencontrer des tatoueurs, échanger, ne jamais « essayer » ou « tenter » sans être formé aux bases du tatouage et de l’hygiène, même sur soi. Demander à être formé dans un salon, c’est à l’heure actuelle le seul moyen d’apprendre le métier car il n’y a pas d’école ni même de diplôme officiel Et surtout, par-dessus tout : rester simple et humble est pour moi ce qu’il fait la valeur d’un Artiste et de l’Homme de manière générale.

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