Tramayne Johnson-Pauillac, Danseuse Américaine, du Sud au Nord.

Tramayne est une étoile de la danse comme nous en avons beaucoup en Guyane. Foyer vivant d’une expression artistique corporelle, nous trouvons chez nous de nombreux talents qui vivent leur Art au plus vif de leurs émotions dans le corps. Je repense ici aux mots de Jeanine Vérin, « prenez appui dans le sol »; le sol guyanais fait germer et pousser des étoiles, qui brillent au plus profond de leurs racines, solidement ancrées.

SHOUT  OUTS : Tray, comment exprimes-tu ta culturalité dans la danse ?

Tramayne: Ma culturalité, une belle empreinte de mon héritage, mais pas forcément évidente à exprimer avec des mots ! Il n’y en a pas une qui me définit, mais plusieurs ; et finalement aucune ne me définit plus que l’autre je pense.

Née à Chicago d’un père américain et d’une mère française, guyanaise, je suis à la fois Guyanaise, Française et Américaine. J’ai grandi essentiellement en France et en Guyane française, ainsi le patrimoine de ces deux cultures m’a profondément marqué en termes de musicalité, rythmicité mais également en termes de développement de perceptions. La Guyane est un berceau de nombreuses cultures diverses, un rassemblement unique de plusieurs ethnies (créoles, amérindiens, métropolitains, chinois, hmongs, brésiliens, guyaniens, surinamais) sans compter les peuples du Fleuve (boni, saramaca… etc), ce qui m’a apporté une grande richesse à la fois dans la danse, la musique et dans mon approche à l’autre en général.

Cela a été pour moi comme l’ouverture d’un rideau, celui d’une petite fenêtre du monde qui a développé en moi une sensibilité sans précédent que j’ai vraiment découverte lorsque je suis partie, lorsque j’ai été exposée à des choses complètement différentes. Bien sûr, je pense que l’on pouvait percevoir les influences guyanaises, brésiliennes et probablement surinamaises dans mon langage corporel dès mon plus jeune âge, mais ce n’était pas forcément conscient. Ce vocabulaire technique s’est développé et enrichie durant mon parcours et les différents enseignements que l’on m’a apporté.

Mon premier cours de danse, du moins d’éveil, était avec Guy Falédan, puis mon premier cours de danse classique à l’ADACLAM avec Jeanine Vérin puis avec M. Ivan Ivanoff et enfin le Conservatoire de Musique Danse et Théâtre de Guyane avec Frédérique Edwige. La danse classique m’a fait découvrir un nouveau moyen d’expression, que j’ai pu enrichir notamment avec la culture musicale de ma mère largement étendue et orientée vers des influences américaines, de la variété française et également de la musique classique. Ainsi bien qu’en période de découverte et d’apprentissage, mon style était déjà le fruit d’une triple influence crée par mon environnement. Ce style s’est développé, s’est affirmé et m’a peu à peu mené vers l’ambition d’une professionnalisation. C’est durant mes trois années de lycée que j’ai préparé mon départ aux Etats-Unis avec Marie-Anne Granier à l’école Avignon Temps Danse. J’ai eu la chance d’être exposée à la danse moderne et à la technique de ma professeure, largement influencée par son enseignement à Martha Graham à New York, en plus de la danse classique. C’était un rêve à l’époque, et je n’avais certainement pas toutes les clés en main, pour devenir danseuse interprète.

Néanmoins, j’ai suivi mes intuitions et celles de ma mère qui connaissait le système d’éducation Américain, et j’ai été admise à Idyllwild Arts Academy en Californie avec une bourse d’environ 40 000$. Et là, une nouvelle fenêtre, de nouveaux horizons, je ne cesse de découvrir, d’apprendre, de m’imprégner mais surtout je me découvre à la fois à travers mes facilités et mes obstacles. Je découvre le Jazz, le Horton (technique principale de la compagnie Alvin Ailey American Dance Theatre) et différentes techniques de danse moderne et contemporaine complètement différentes de celles que l’on retrouve en Europe. Certaines sont acrobatiques, d’autres beaucoup dans le relâché, ou encore d’autres basées sur la contraction… Cela m’a permis de réaliser l’ampleur des possibilités infinies d’expression et de mouvements à travers le corps. La diversité de l’enseignement fut vraiment très enrichissante et cela m’a apporté une ouverture considérable quant à la perception que j’avais de la danse moderne et contemporaine. Une fois mon certificat obtenu, j’ai été admise dans plusieurs cursus amenant à l’obtention d’un BFA (Bachelor of Fine Arts), mais je ne disposais pas des fonds pour poursuivre ma formation aux Etats-Unis alors je suis rentrée.

De retour en France, à Paris, j’ai réalisé qu’il y avait une expression indirecte de ma culturalité dans la danse. En tant que femme noire, c’est beaucoup moins évident de trouver des formations et du travail, surtout en danse classique. Et en général, il y a très peu de formation post-bac de danseurs interprètes en France. Il y a essentiellement des formations de DE (diplôme d’état), proposées par des établissements souvent privés, pour devenir professeur de danse. Ce métier n’est pas du tout le même que celui de danseur interprète. Alors j’ai fait le choix de me former « seule » en prenant des cours open de classique avec essentiellement des professeurs de l’école et du ballet de l’Opéra de Paris (Andrey Klemm, Bernard Boucher..), mais aussi avec le ballet master Antonio Alvarado ainsi qu’avec Wayne Byars, un professeur connu Américain.

Puis après une préparation intensive à l’institut Rick Odums, où j’ai notamment découvert d’autres styles de jazz, j’ai intégré Rambert Schoolof Ballet and Contemporary Dance dont l’enseignement a une grande influence sur le développement de ma culturalité et de mon individualité. Je continue d’explorer dans la qualité de mes mouvements mais aussi lors de collaborations avec d’autres danseurs ou encore lors de créations.

SHOUT OUTS : Quelles sont tes inspirations et qui est ton role model guyanais ? 

Tramayne: Mes inspirations sont multiples, à la fois ma culturalité, ma musicalité et le travail de nombreux artistes auxquels j’ai été exposée tout au long de mon parcours. Je dirais que les ballets du Répertoire interprétés par des compagnies telles que l’Opéra de Paris, le Bolshoï et l’American Ballet Theatre m’inspirent beaucoup en classique. Lorsque j’observe une variation du Répertoire qui me plaît, cela me transporte, cela me transcende: je me vois la danser, je me sens la danser. Ce n’est pas tant le plaisir de regarder les pas ou parfois même la personne qui l’interprète, mais pour la beauté du geste, la précision de celui-ci. Cette inspiration naît alors du plaisir de faire tout mon possible pour atteindre l’idée de la perfection de ce geste, de chaque détail de la variation.

Egalement, j’aime beaucoup les compagnies aux influences néo-classiques ou encore « contemporary ballet » telles que Lines Ballet, Netherlands Dance Theatre et Complexions Contemporary Ballet que j’adore! En moderne, j’aime énormément la compagnie d’Alvin Ailey American Dance Theatre, dans laquelle l’expression de la culture et de l’histoire noire américaine est prépondérante dans le Répertoire. Enfin la compagnie de Martha Graham est aussi très inspirante.

Quant à mon role model Guyanais, je dirais que c’est Christiane Taubira !

SHOUT OUTS : Si tu avais un rôle à jouer auprès des jeunes quel serait-il ?

Tramayne: Mon rôle idéal serait d’inspirer les plus jeunes et les passionnés guyanais, en les incitant à poursuivre leur rêve et à ne pas abandonner ; que ce soit dans la danse, dans les arts ou dans les sports de haut niveau! En parallèle d’une carrière de danseuse interprète, j’aimerais apporter les clés et les outils indispensables pour poursuivre une formation de danseur qui corresponde aux aspirations de chacun. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai créé mon blog Univers de la danse qui a pour ambition le partage des informations clés allant de la précision du projet de l’élève jusqu’à sa professionnalisation, en passant par des thèmes tels que la technique de mouvements, l’importance de l’échauffement et de l’étirement, l’approche mentale et psychologique etc.

SHOUT OUTS : Quelle scène te fait le plus rêver ? 

Tramayne : L’Opéra Garnier est, je pense, la scène qui me fait le plus rêver, en raison de sa beauté architecturale, sa grandeur et l’Histoire dans laquelle cette structure s’inscrit. C’est vraiment magnifique !

SHOUT OUTS : Comment perçois-tu l’avenir de la danse en Guyane ? 

Tramayne: Je pense que la Guyane est belle, extrêmement riche et créatrice d’innombrables talents dans beaucoup de domaines artistiques et sportifs. Elle s’inscrit néanmoins dans un système français qui n’oriente pas forcément tout le monde vers la direction adaptée et je pense qu’il est important de s’informer, de s’exposer afin d’exploiter au maximum le potentiel de chacun.

Les métiers d’artistes restent des métiers durs, extrêmement compétitifs et quand même assez élitistes. Alors il faut persévérer, s’y donner corps et âme sans se fixer de limites, extérieures comme intérieures, et aller au bout de ses rêves quoiqu’il advienne !

Afin de poursuivre sa scolarité brillante à Rambert, notre danseuse a besoin de vous ! Soutenez Tramayne en cliquant ici.

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